Les vacances d’hiver sont arrivées, et avec elles le temps du retour. Profitons de ce congé pour suivre ensemble la série « Carnets de retour » proposée par les étudiants de l’Université de Communication de Chine. À travers leurs pas, ils arpentent le vaste territoire du pays ; à travers leur regard, ils observent les métamorphoses de leurs villes natales ; à travers leur sensibilité, ils perçoivent le pouls de l’époque. Par l’écriture et par l’image, ils racontent les histoires vivantes et singulières de leurs terres d’origine.
Lorsque le train à grande vitesse approchait lentement de la gare de Chaoshan , mes oreilles ont été assaillies par le dialecte local familier. À cet instant, j’ai compris que j’étais rentré chez moi.
Ma ville natale se trouve à Chaoshan, dans la province du Guangdong. Dans l’imaginaire de beaucoup, cette région est un haut lieu de la gastronomie, un endroit où flotte en permanence le parfum du thé. Mais à mes yeux, c’est avant tout une terre nourrie par les eaux du fleuve Han, une terre imprégnée de vigueur et d’esprit .
Cette fois-ci, je ne suis pas rentré comme à l’accoutumée, en me contentant d’un regard rapide et superficiel. J’ai choisi de ralentir, de prendre le temps de redécouvrir cette ville, comme on feuillette à nouveau un livre familier.
À la quête des saveurs · La chaleur du quotidien
Le premier repas en rentrant à la maison, c’est forcément un hotpot de bœuf.
En entrant dans la petite échoppe à l’angle de la ruelle — ouverte depuis plus de vingt ans — le patron m’a reconnu au premier regard. Il a souri : « De retour pour les vacances ? »
À cet instant, le temps a semblé remonter en arrière.
Dans la marmite, le bouillon clair frémissait doucement. Sur les assiettes, les fines tranches de diaolong — une pièce tendre située entre le faux-filet et l’aloyau — et les morceaux délicats de chiren, prélevés au cœur de l’omoplate et réputés pour leur texture particulièrement fondante, étaient disposés avec soin. Certes, un écran de commande électronique a été installé, mais dès la première bouchée, lorsque le jus frais et légèrement sucré de la viande explose, une évidence s’impose : les outils ont changé, pas la saveur.
À Chaoshan, manger un hotpot ne se réduit pas à un simple repas ; c’est un moment de partage et une véritable expérience sociale. Toute la famille se réunit autour de la table, regardant la viande faire trois allers-retours dans le bouillon frémissant jusqu’à atteindre la cuisson parfaite. Les aînés prennent alors la première tranche de viande avec leurs baguettes et la déposent dans le bol des plus jeunes, en disant doucement : « Les études, c'est dur. » Ce rituel chaleureux ne saurait être remplacé par aucune livraison de repas.
J’ai compris soudain que l’âme d’une ville natale se nichait souvent dans cette vapeur qui s’élevait d’une marmite, dans cette chaleur simple et vibrante de la vie quotidienne.

Écouter les tambours · Le chant
Après le dîner, j’ai entendu au loin un son sourd et puissant de tambours. Je me suis laissé guider par le son jusqu’à la place culturelle du quartier : un groupe de jeunes y exécutaient une danse Yingge, danse traditionnelle du Chaoshan.
À l’approche des fêtes, toute la région de Chaoshan vibre au rythme du Yingge. Sous les lampadaires, les danseurs portent des maquillages inspirés des héros du roman classique Au bord de l’eau, brandissent leurs maillets de bois et enchaînent des mouvements vigoureux, cadencés, d’une force presque incantatoire.
Le lendemain matin, à l’invitation d’un ami, je me suis rendu près de chez lui pour assister à une nouvelle représentation de Yingge.
À côté de moi, un vieil homme, éventail en feuille de palmier à la main, marquait le rythme les yeux mi-clos. Je me suis approché pour engager la conversation. Avec fierté, il m’a confié :
« De plus en plus de jeunes aiment danser le Yingge aujourd’hui. Ce n’est pas seulement pour transmettre cet art, mais aussi pour forger leur courage et apprendre à devenir quelqu’un de droit.» À cet instant, j'ai été profondément touché.
Le Yingge est souvent surnommé la « danse guerrière de la Chine ». Dans les veines des habitants du Chaoshan semble couler une ardeur indomptable, une fierté qui ne cède jamais. Cet esprit de lutte ne s’exprime pas seulement dans la vigueur des performances ; il se lit aussi dans la silhouette des Chaoshanais qui s’aventurent à travers le monde pour tracer leur propre route.
En regardant ces visages jeunes devant moi, j’ai eu l’impression d’apercevoir la force inépuisable de cette terre — une énergie qui se transmet, génération après génération, sans jamais s’éteindre.

Observer la ville · Vivre en symbiose
Le lendemain matin, je me suis rendu dans la vieille ville.
Le soleil frappait les façades patinées par le temps ; les interstices des briques et les incrustations de porcelaine, baignées de lumière, semblaient murmurer des histoires anciennes.
Enfant, je trouvais ces maisons vieillies, un peu sombres. Mais cette fois-ci, en revenant, j’y ai découvert des métamorphoses inattendues.
Les rues sont devenues plus propres, plus ordonnées ; les câbles électriques autrefois emmêlés ont été enfouis sous terre. De nombreuses enseignes anciennes ont été restaurées : leur agencement traditionnel a été préservé, tandis que des éléments de design contemporain ont été intégrés à l’intérieur — des cafés ont pris place dans les anciennes demeures, et des boutiques de création se sont installées dans des maisons à arcades.
Voilà l’intelligence de ma ville natale : nul besoin d’effacer le passé pour bâtir l’avenir. Cette délicatesse, cette capacité d’inclusion, permettent aux architectures anciennes de renaître au cœur de la modernité. En marchant dans ces rues, on foule l’histoire sous ses pas, tandis que le regard, lui, se tourne déjà vers l’avenir.

Ce retour au pays était moins une simple observation qu’une confirmation de mes racines. Nous avons souvent le regard tourné vers les néons lointains, oubliant que la terre sous nos pas recèle déjà une énergie immense. Dans la tension entre ce qui change et ce qui demeure, j’ai compris la philosophie de vie de ma ville natale : l’âme des traditions ne s’est pas effacée dans la vague de la modernité ; elle a revêtu une nouvelle armure, devenant la force la plus solide, la plus indéracinable de cette terre.
Rédaction du texte chinois : Chang Lexin, Sun Jingyi
Rédaction du texte français : Peng Bo, Yao Jiamin
Mise en page : Yao Jiamin
Directrices de publication : Zhang Ge, Yin Mingming, Xu Haiyan
Réviseurs : Yu Ran, Yang Zhongtian






